| 2024

Dans le bouddhisme, les śarīra, que l’on appelle souvent « reliques », sont les restes retrouvés après la crémation de certains maîtres spirituels. Elles représentent le témoignage d’une vie consacrée à la pratique, à la discipline et à la transformation intérieure. Lorsque tout le superflu disparaît, il reste une trace essentielle. L’année dernière, j’ai réalisé des sculptures à partir de vieilles poutres provenant de maisons parisiennes. destinés à être oubliés et abandonnés, ces bois ont supporté des générations de vies. Ils ont vu naître des familles, traversé des guerres, résistés au temps. En les brûlant, leur vie n’est pas détruire. au contraire Le feu révèle leur histoire. Les flammes enlèvent ce qui est fragile et mettent en évidence ce que le temps a rendu essentiel. Le bois devient ainsi une mémoire condensée.

J’y vois une proximité avec l’idée des śarīra. Ce n’est évidemment pas une relique au sens bouddhique. Mais c’est une matière qui a traversé le temps, la vie et la transformation, jusqu’à ne conserver qu’une présence silencieuse. Notre civilisation produit sans cesse de nouveaux objets et oublie rapidement les anciens. Pourtant, chaque matériau porte une histoire humaine. Ces sculputres pérrifiés méritent une seconde existence, non pas comme objets décoratifs, mais comme témoins du passage du temps. Objet contemplatif où l’homme puisse trouver une forme d’apaisement face à son existence. Non pas en oubliant l’impermanence, mais en l’acceptant. Si les śarīra représentent, dans le bouddhisme, la trace d’une vie pleinement accomplie, alors les sculptures cherchent à devenir les traces matérielles de la mémoire de notre civilisation. Peut-être qu’un jour, lorsque notre époque aura disparu, ces objets témoigneront encore d’une seule chose : des êtres humains ont vécu ici, ont construit, aimé, souffert, créé… puis sont repartis

Sarira parisiennes — Sculptures en bois brûlé Matériaux : Poutre de chêne parisienne de récupération, travaillée au feu. Dimensions : Ø 80 cm / Ø 68 cm. Statut : Pièces uniques — série Nées d'une ancienne poutre parisienne, ces sculptures émergent d'un processus de recherche en plusieurs étapes. Une première tentative — pli, creux, transformation hésitante — a été anéantie.

De cet échec naît une seconde vie : le bois n'est plus corrigé, mais écouté. La combustion révèle les strates du temps — tensions internes, mémoire d'usages passés, grain des décennies compressé dans la matière. La surface devient un témoignage. La matière devient récit. Le bois carbonisé semble parler — porteur d'un caractère presque humain, comme si l'objet existait légèrement en décalage avec sa forme originelle. Une poutre qui soutenait jadis un plafond, désormais dressée, ouverte, marquée par le feu, renfermant en elle le fantôme de chaque espace qu'elle a connu. Cette œuvre appartient à une série où chaque pièce cherche à dévoiler ce que le bois conserve : souvenirs, gestes passés, histoire enfouie. Le processus consiste à imaginer ce que la matière souhaite exprimer — à accompagner son mouvement, à suivre sa logique et à laisser son passé se manifester sous forme de forme. Rien n'est imposé. Tout est révélé.

| Matériaux : Poutre en chêne parisien de récupération, travaillée au feu. Dimensions : Ø 80 cm / Ø 68 cm. Statut : Pièces uniques – série.

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